Arrivé sur l'île de Thassos je croyais ma fringale de kilomètres apaisée. Au bout de quatre jours j'ai repris la route longeant la côte nord de la Grèce jusqu'à la frontière de la Turquie pour remonter vers la côte bulgare, une côte en vérité de peu d'intérêt tant elle est bétonnée aujourd'hui. Il reste c'est vrai Sozopol, la seule petite ville que j'avais envie de revoir(le routard recommandait un camping, le meilleur disait-il en comparaison des autres. Je l’ai trouvé extrêmement médiocre). Les environs de Nesebar, l'autre ville classée, décourage la visite. Sunny Beach est un énorme complexe touristique low cost, qui peut avoir son charme pour les amateurs de « hot sun,hot sea,hot sex,hot dog.. » J'ajoute le dernier à la pub du lieu. 

Je n'ai pas eu le courage de me rendre à Resovo,au sud d’Athopol, à la limite de la Turquie que l'on voit l'autre côté de la rivière qui sépare les deux pays, pourtant j'aurais aimé à nouveau déguster  une soupe de poisson au « restaurant des amis », c'est le nom donné par les connaisseurs à ce lieu improbable qui m'avait été conseillé par un Bulgare. Il m'avait dit « n’hésite pas à passer par-dessus la corde ». Je l'ai fait pour descendre un escalier taillé dans le sable et rejoindre les quelques tables sous une tente au creux d'une dune. Une fois attablé le patron m'a servi d'autorité sa soupe de poissons(on le voyait  pécher le soir au filet sur la plage). lorsque venait un représentant du fisc lui demander des comptes sur son activité commerciale il déclarait de parfaite bonne foi ne pas tenir un restaurant: il ne recevait que des amis, « mais ce touriste là, lui objectait l'agent de l'URSSAF local, ce n'est pas un ami ». » Certes, lui répondait l’hôte, mais il est passé par-dessus la corde et s'est installé, je suis un homme poli et j'ai à cœur de bien accueillir les étrangers je lui ai donc offert ma soupe ».

 La seule ville qui mérite un arrêt c'est Varna mais je n'ai fait cette fois que la traversée pour rejoindre la côte roumaine.

 

Constanza

Les stations hyper touristiques du sud de Conztanza ne méritent pas que je m’y attarde et l'approche de la ville est très difficile en cette période de vacances, je suis pris dans un bouchon de deux heures et finalement opterai pour un contournement afin de rejoindre la route du Nord. C'est à regret que je ne retrouverai pas le centre historique de la cité d'Ovide mais l’Ovide des temps modernes, celui de Mioveni me dit que nous pourr ions nous y  donner rendez-vous prochainement. 

Vous ai-je compté l'aventure qui m’y était arrivée il y a de nombreuses années au lendemain de la révolution? J'avais été délégué à Mioveni pour les élections. Mais très vite Hadrien le maire candidat à la députation, excellent francophone et parfait connaisseur de notre histoire,m’ avait entraîné dans sa tournée électorale où je lui servais de caution démocratique(il avait fait un mauvais choix m'avait-il dit, celui d'adhérer au parti communiste six mois avant la chute du dictateur. Il tentait de se faire pardonner et c'était un homme sympathique). La coupe fut pleine lorsque entouré de sept popes je fus amené à  lui rendre hommage sur le balcon de la maison de la culture, j'ai prétexté d'autres obligations pour les 3-4 jours qui restaient avant les élections et suis parti à Bucarest; de la j’espérais me rendre dans le delta. Les « amis » très intéressés, la suite le prouvera, qui m'accueillaient ont vainement tenté de m'en dissuader me donnant des conseils de bon sens pour qui connaissait la Roumanie d'alors mais je ne voulais pas les entendre. « Tu n'as pas réservé l'hôtel, tu n'es pas sur  d'avoir un bateau, si tu arrives à partir tu ne sais quand tu pourras revenir or tu dois être là pour les élections etc. je commençais surtout à comprendre qu'existaient des trafics entre certaines personnes de la capitale et quelques landernéens (adoption d'enfants moyennant bien sûr espèces sonnantes et trébuchantes ou cadeaux) je suis donc parti à Constanza et  me suis heurté à une impossibilité d'aller plus loin et même de me loger dans la ville à des conditions satisfaisantes. J'en ai pris mon parti et sachant qu'un train de nuit pouvait me ramener à Bucarest j'en ai profité pour aller dîner sur l'esplanade du casino;j'étais le seul client en ces temps troublés; une jeune gitane est venue me proposer des fleurs, la modestie du prix et  le sourire de la demoiselle ont entraîné un geste somptuaire: je lui ai acheté la totalité  de ses fleurs et les lui ai offertes. Quelle inconscience ! Peu de temps après je fus entouré par toutes  les mères qui voulaient me vendre leurs fleurs.

 Le lendemain j'ai débarqué à Bucarest de très bon matin et pu parcourir la place occupée par les étudiants , quelques jours après ils s’en feront déloger par les mineurs.

 

Hadrien fut brillamment élu député, il abandonna donc la mairie de Mioveni. Aujourd'hui il a perdu tous ses mandats et  est redevenu professeur d'histoire.

 

 

La porte du delta

Je suis actuellement à Tulcea, la porte du delta. Je ne sais encore si je pourrais me rendre à Sulina, autrefois je n'aurais pas hésité à prendre le risque d'y arriver sans réservation, aujourd'hui je réfléchis :tous les hôtels semblent pleins et il est impossible de faire l'aller-retour dans la journée(les liaisons rapides par hydroglisseur sont saturées, il n'y en a que deux par jour, et le bateau classique ne fonctionne qu'un jour sur deux). Il me reste la solution de retourner sur la barge de Murighiol, aujourd'hui facilement accessible, sur le bras de Sfantu Gheorghe ou peut-être d'aller dans cette petite cité beaucoup moins courue que ne l'est actuellement Sulina. Pour l'instant je privilégie le confort de l'hôtel Insula fort bien placé à Tulcea et me donne le temps de la réflexion.