Bonjour,

Nous nous étions quittés à Lima alors que nous nous apprêtions à prendre un vol pour Arequipa, grande ville du sud à la réputation sulfureuse. En fait nous n'avons pas ressenti d'insécurité dans cette belle cité de pierre blanche volcanique dominée par les volcans et en particulier par le célèbre Misti (nous avons dû avouer au guide qui nous fit visiter les alentours que nous n'en avions jamais entendu parler ).

 Il aurait été regrettable de ne pas y faire halte, d'autant qu'elle  permet de s'adapter progressivement à l'altitude. Dynamique, vivante et pourvue d'une belle plaza de Armas entourée  de la cathédrale et d'une couronne d'arcades sur deux étages. Le premier étage est dédié à la restauration et nous y passerons une soirée en contemplant l'animation de la place. Le matin  nous pouvons admirer de la terrasse de notre hôtel le Misti nimbé de nuages qui l'après-midi envahissent le ciel et empêchent de distinguer les sommets.

Arequipa est la ville natale de Mario Vargas Lloja mais nous y recherchons surtout le souvenir de Flora Tristan dans les murs de la vaste maison familiale, partagée aujourd'hui entre un musée et une banque. Son père, péruvien, mourut avant d'avoir fait enregistrer son mariage français et elle fit le voyage pour peu de choses, elle ne reçut que la part des « bâtards »("les pérégrinations d'une paria" ).

 

D'Arequipa nous rejoignons Puno. Cette ville qui borde le lac Titicaca est réputée de peu d'intérêt et pourtant nous avons pris plaisir à nous y promener. Certes son « Malecon" est un peu triste mais ses nombreux marchés sont colorés et animés. Nous sommes arrivés au début du carnaval et l'ambiance était chaude sur la place centrale.

 

Les Jubilados

De Puno la frontière bolivienne est relativement proche et nous décidons plutôt que de nous rendre directement à La Paz de passer une journée à Copacabana.

À la frontière heureuse surprise : nous ne sommes plus des retraités, «retired"ou"pensionado", mais des jubilados. Avouez que le terme est bien plus agréable. Je peine toujours à utiliser le mot français (le retrait, se retirer, voilà qui est déplaisant et souvent frustrant). Je n'hésite plus ici à noter sur les fiches d'hôtel « jubilados".

Je viens d'écrire au président de la CNAV pour lui demander d'envisager une modification de la terminologie française. Mais je ne sais si les retraités français jubilent actuellement.

 

Copacabana

Copacabana est le lieu de rencontre et de séjour des babas cool et des routards mais lorsque l'on quitte les bords du lac cette petite cité a gardé tout son caractère. Lieu de culte chez les Incas elle est dotée aujourd'hui d'une cathédrale originale sur le parvis de laquelle nous assisterons à la bénédiction des moteurs. Les voitures, venues souvent de fort loin ,défilent capots ouverts et fleuris devant le prêtre. C'est un gage de longévité et de pannes peu fréquentes.Mon ami Yves Chatalen, ancien garagiste et responsable de l'UPA, m'a promis de suggérer aux deux Carlos d'adopter la méthode et d'offrir une garantie complémentaire à leurs clients.

 

La Paz

Ville surprenante que nous abordons par El Alto le soir. Entouré de montagnes les maisons s'accrochent à leurs flancs dans des dénivelés incroyables (il y a une différence de 1000m entre El Alto et la partie basse, au sud, à proximité de l'étrange vallée de la luna et de ses stalacmites  dessinés par l'érosion, elle nous fit penser au désert des Pinacles en Australie).

 Je n'irai pas jusqu'à dire que La Paz est une belle ville mais elle surprend et est pleine de contrastes : la vieille ville avec ses rues dédiées aux touristes, sa cathédrale ,son marché central et ses gargotes, la partie sud , la plus basse,  bourgeoise et moderne, où l'on peut jouer au tennis et au golf sans  craindre le soroche , enfin El Alto pauvre, grouillante de monde que nous visiterons rapidement pour le spectacle de la ville vue d'en haut(à plus de 4000 m). C'est le fief d'Eva Morales.

 

Sucre, la ville où il fait bon vivre

 De La Paz nous voulions rejoindre Sucre, la capitale historique du pays aujourd'hui dépourvue de réel rôle politique, elle est devenue le siège de l'opposition au gouvernement de gauche et se bat pour l'autonomie de cette riche province. Mais, et c'est fréquemment le cas, l'ensemble des vols ont été annulé et nous avons dû prendre un bus pour un trajet de 14h. Voyage pénible cette fois malgré le choix d'un" Cama", la qualité du service est déficiente et loin d'égaler celle que nous avions connue au Pérou.

 

Nous avons vu beaucoup de belles villes,de splendides cathédrales, de riches musées, pourtant aucune ne nous a donné réellement envie d'y séjourner longuement .Il manquait toujours ce petit quelque chose, le plus qui rend la vie agréable, cette douceur de vivre qui m'amène en Grèce chaque été: La terrasse ensoleillée du bistrot, le restaurant qui saura diversifier les mets et nous offrir un petit cru sympathique. Dans ce bijou de l'art baroque d'Amérique latine nous trouvons tout ce qu'un bourgeois européen, jubilados épicurien, peut espérer. La cathédrale est superbe, le mélange de style ajoute à sa séduction. Le charme de Sucre opère: notre hôtel y contribue, les chambres autour  d'un patio sont calmes et confortables. Elle n'a pas que l'attrait de l'ancien , elle n'est pas figée dans le passé: les étudiants y sont nombreux. 

 Dans la petite taverne du parc Bolivar nous sommes accueillis par une jeune et jolie bolivienne qui après à peine deux ans d'études de notre langue en faculté la maîtrise  correctement; trois euros pour deux, c'est le prix de notre déjeuner: un plat traditionnel accompagné d'un lait fraise, je retrouve le breuvage favori de mes 18 ans au "Mouettes"à l' époque lointaine où j'étais sobre! 

Bien sûr nous ferons la longue promenade jusqu'à l'église de la Recoleta, davantage pour la terrasse du bar de la place, rendez-vous des routards, qui permet de dominer la ville et où nous jouissons d'un très beau panorama que pour l'édifice religieux. Ce soir nous découvrirons le restaurant réputé de l'alliance française.

 

 

Cette capitale délaissée à conserver bien des atouts pour le touriste. Sans doute beaucoup moins pour la population indienne qu'elle a rejetée sur ses marges. 

 

Demain matin nous prenons le bus pour le salar d'Uyuni et de là nous passerons au Chili à San Pedro d'Acatama.  

 

PS:Franklin

 Un lecteur assidu et attentif me signale que lorsque Benjamin Franklin débarqua à Saint Goustan(le port d'Auray) il ne trouva personne qui comprenne l' anglais et ne put communiquer qu'en latin avec le curé de la paroisse qui sans doute l'hébergea.. De là à suivre la piste de la carabasen (mais souvent elles étaient choisies hors d'âge ou le curé s'en réservaient l'amitié exclusive). Hervé me conseille une généalogiste qui lui permit de découvrir les origines bretonnes de Jack Kerouac.

 

Accro de nos journaux( j'ai même pris un abonnement temporaire à Ouest France et au Télégramme, devenu un journal d'opinion sarkozyste aux éditoriaux très orientés et souvent factuellement erronés) je suis les désespérantes péripéties de notre politique française . Notre sympathique Copé(un oxymore) continue de faire des siennes, notre insaisissable justiciable Sarkozy continue d'espérer en un avenir glorieux et nôtre séducteur d'Hollande se révèle toujours aussi incapable d'imposer cohérence et ligne politique claire à son gouvernement et à ses troupes,pourtant j'apprécie les options  prises actuellement.

 

À bientôt

NB:Je tente toujours vainement de vous faire parvenir quelques photos.