Cuba

"l'île de mes rêves brisés"pour reprendre une formule célèbre,mais que je ne veux ni renier ni oublier.Faut-il expliquer la coupable tendresse que je continue d'éprouver pour Fidel et ses successeurs? Tendresse incomprise par nombre de mes proches.

J'avais 12 ans lorsque les barbudos descendus de la sierra maestra et de leurs maquis boutèrent dehors  Batista.

Mes camarades de classe commentaient les matchs du week-end, je leur parlais de la révolution cubaine! Mon indifférence à leur propos n'avait d'égal que celle qu'ils manifestaient pour la situation à Cuba.

( j'ai retrouvé récemment ces vieux amis et nous  allons tenter d'organiser un dîner à Berné, je ne suis pas certain que nous aborderons les thèmes d'autrefois)

 

La Havane.

Ma mémoire m'a  trahi, j'avais réservé quatre  nuits dans un hôtel que je croyais connaître et nous nous sommes retrouvés dans un établissement d'une médiocrité affligeante(certes sur le Prado), dans une chambre sans fenêtre et au confort des plus élémentaires. Cela n'a pas peu contribué à donner à Élisabeth une image négative de Cuba.

 

Le centre historique revêt deux aspects totalement contradictoires: la partie que sillonnent habituellement les touristes est rénovée et recèle quelques trésors d'architecture espagnole de l'époque coloniale. Malheureusement lorsque vous vous en écartez vous découvrez des immeubles délabrés, sales et des rues en très mauvais état. Ce sont les immeubles squattés après le départ de leurs propriétaires lors de la révolution et occupés depuis lors par une population qui ne s'est guère préoccupée de les entretenir. L'État(absence de moyens, difficultés de reloger les habitants?) les laisse se dégrader ce qui donne une image déplaisante d'un cœur de ville qui eût pu être fort attrayant.

Les autres quartiers de La Havane, le Vedado, Miramar ou le Cerro, sont en bien meilleur état et abritent maisons et immeubles plus récents souvent d'un bon niveau de confort.

 

Notre séjour à La Havane fut aussi assombri par une mésaventure qui me fait rougir de honte. Censé avoir été, il est vrai dans un passé maintenant lointain, responsable des moyens de paiement et des cartes bancaires dans un établissement financier j'ai trouvé le moyen de me faire avaler ma carte Visa après avoir effectué trois faux codes sans comprendre initialement la raison de la saisie. Ce qui m'a valu d'être appelé le lendemain par la banque soupçonnant une fraude sur mon compte. J'avais tout simplement confondu le code de la carte Visa, seule acceptée dans les distributeurs à Cuba, et celui de la MasterCard que j'utilise habituellement en Europe. Les conséquences de cette erreur ne sont toutefois pas trop graves: il est toujours possible de retirer de l'argent au guichet à l'aide de la carte restante.

 

Vinales

 Une nuit à l'hôtel Los Jaminez: le balcon de la chambre domine les Mogotes, je passe une demi-journée à lire sur la terrasse pendant qu'Élisabeth effectue le tour classique, la grotte de l'Indien, les champs de tabac ect..

Notre appréciation sur le confort de l'hôtel diffère, nous resterons deux autres nuits chez l'habitant. Nous garderons le souvenir d'un village agréable malgré une pluie torrentielle qui nous a surpris en pleine promenade.

 

Playa Larga

Nous avons rejoint la baie des cochons directement en bus. L'hébergement à la casa Franck est parfait: nous peinerons à terminer la langouste et en ferons deux repas, le petit déjeuner se révèle pantagruélique et les fruits délicieux. Toutefois nous tirons une leçon de nos premiers repas : nous commandons désormais une portion pour deux.

Malheureusement un front frais domine la région et nous ne pouvons bénéficier de la plage pendant les trois jours de notre séjour. Les Mojitos, Daïquiri et Cuba libre nous aident à surmonter cette déconvenue.

Pour ceux d'entre vous qui aimeriez passer quelques jours en bord de mer(les amateurs de plongée sous-marine trouveront de quoi satisfaire leur passion) il existe de nombreuses casas d'apparence sympathique sur la plage du village.

Nous ne nous arrêtons pas à Playa Giron, le lieu de la bataille, bien moins agréable  à mon sens que Playa Larga et rejoignant directement Cienfuegos.

 

Cienfuegos 

La casa que nous avions retenu ne peut nous héberger(il paraît que s'est fréquent) et nous sommes orientés vers une  « cousine », nous ne le regrettons pas. Nous nous retrouvons dans une belle et vaste demeure coloniale, notre chambre dispose d'une terrasse intérieure. La propriétaire, visiblement issue de la vieille bourgeoisie, affiche son titre de médecin et l'ensemble des diplômes de la famille. Le cadre est un peu vieillot mais tous les éléments du confort moderne sont présents. Ce sera d'ailleurs une constante dans les casas où nous serons hébergés.

La ville dispose d'un beau Prado de plusieurs kilomètres, de nombreux restaurants et d'un Coppélia très fréquenté, nous aimerions y déguster l'une de leurs fameuses glaces mais l'importance de la queue nous amène à renoncer. Nous nous rattraperons à Camaguey et à Santiago.

A la gare routière un collectivo nous propose de rejoindre Trinidad pour le même prix que le bus

 

Trinidad

Lors d'un précédent séjour  j'avais choisi l'hôtel Las Cuevas. Cette fois nous faisons l'erreur de laisser réserver cette étape par notre précédente propriétaire. Nous tombons sur un jeune loup qui tente d'exploiter au maximum les touristes qu'il reçoit. Outre des prix relativement élevés il essaie de nous vendre une série de prestations qui ne nous tente guère et justifie son attitude par les taxes élevées qu'il subit, la difficulté qu'il éprouve à trouver un travail à la hauteur de ses capacités etc. il a pourtant choisi de revenir vivre à Cuba alors qu'il a également la nationalité espagnole mais le climat des Canaries ne  lui convenait pas nous dit-il!

Un autre couple de touristes rencontré ultérieurement nous dit avoir subi une même mésaventure à Trinidad. La cité vit de sa réputation et tant à en abuser. Certes elle dispose de lieux agréables, restaurants et cafés foisonnent, les initiatives privées se multiplient mais nous n'avons pas été sensibles à la magie de la ville culte des Cubains. Peut-être parce que nous arrivions le lendemain d'un jour de fête la place principale était jonchée de détritus . Nous prendrons le temps de visiter les environs en cocotaxi mais après deux nuits nous  décidons de quitter la ville et là encore nous nous heurtons à un problème: un collectivo nous avait proposé de nous amener à Camaguey, il n'est jamais venu nous chercher, nous n'avions plus de car, par contre étrangement nombre de chauffeurs de taxi connaissaient la direction que nous souhaitions prendre et nous faisait des propositions à un prix bien plus élevé que celui négocié la veille! Nous avons donc changé de direction et sommes partis pour Santa Clara en traversant la montagne: une route pas toujours facile mais qui permet de découvrir de beaux paysages et les lieux où vécut et combatit le Che.

 

Santa Clara  

La belle casa recommandée par le guide du routard n'a plus de chambres disponibles et le patron francophone nous propose un hébergement chez la voisine : la dame parle aussi le français et se révèle d'un commerce très agréable. Nous dînerons dans le luxueux restaurant voisin au cœur d'un patio verdoyant.

La ville se révèle son charme particulier. Une seule attraction : le train blindé qu'arrêta le Che et qui permit aux rebelles de saisir les armes destinées aux soldats de Batista.

 

Camaguey

Sans conteste l'une des villes les plus intéressantes de Cuba. La plus moderne, la mieux rénovée, la plus vivante et la plus commerçante que nous ayons rencontrée jusqu'à présent. La casa où nous passons deux nuits est la propriété de l'architecte chargé de la rénovation du centre-ville. Nous nous perdons dans les petites rues qui font la réputation de Camaguey. Rien de spectaculaire mais une ambiance sympathique.

 

Bayamo

La route en bus pour Santiago est longue aussi nous décidons de faire halte à Bayamo. Notre chambre donne sur une route bruyante et malgré l'annulation des spectacles prévus ce vendredi soir pour cause de pluies abondantes notre sommeil sera perturbé.Nous ne resterons malheureusement qu'une nuit dans cette capitale régionale pourvue d'un charme certain: la place centrale et les rues qui l'entourent  mériteraient une visite plus approfondie.

 

Santiago

Le joli hôtel que nous avions repéré est complet, heureusement d'ailleurs puisque le prix affiché est très différent de celui annoncé par le guide! après un certain temps de recherche nous  aboutissons dans une casa simple mais où il nous est proposé une chambre"en mirador"avec une terrasse particulière. La vue sur la baie est magnifique. Seul problème : le fils qui nous apparaît un peu particulier vient s'asseoir sur la petite terrasse  et  veut s'insérer dans nos conversations: Élisabeth lui fera très vite comprendre que nous souhaitons jouir en toute tranquillité de l'espace et de la vue qui nous sont offerts. Santiago est une ville où il fait bon se promener et nous  ne nous lasserons pas d'arpenter ses rues (bien pentues du côté mer), par contre mes oreilles délicates ne peuvent apprécier la musique beaucoup trop forte de ses bars, dommage car elle fait partie de la réputation de la ville. Un chauffeur de taxi francophone, qui bien sûr nous a repéré, notre look est tellement français, nous permet de visiter les environs à un prix modique dans une Fiat 500 brinquebalante, il nous avoue travailler au noir et donc ne pas payer de taxes. Nous nous faisons arrêter par la police mais il nous présente comme des amis et après avoir serré la main des policiers nous reprenons la route. Nous souhaitions séjourner dans un village à une vingtaine de kilomètres de Santiago et profiter de quelques jours de plage mais il a été très endommagé par l'ouragan l'an passé et la casa cité par le guide n'existe plus. Nous choisissons alors de nous rendre chez Carmen, elle est réputée être l'une des hôtesses les plus agréables de Santiago et dispose d'une propriété remarquablement située à proximité du fort à une quinzaine de kilomètres de la ville. Elle loue des bungalows qui domine la mer. Pour y arriver nous vivrons encore une mésaventure semble-t-il classique à Cuba: un chauffeur de taxi qui se prétend officiel et à ma demande me montre sa voiture nous donne rendez-vous pour nous y amener. Lorsqu'il se présente la voiture est différente et il est à côté d'un chauffeur qu''li dit être un ami. Après quelques difficultés il trouve la casa de Carmen à qui nous avions pris le soin de  téléphoner. Elle n'est pas là à notre arrivée et nous sommes reçus par son employée, notre guide, puisqu'il s'est présenté comme tel entre-temps, est fort désappointé et nous allons rapidement comprendre pourquoi: il a l'habitude de se faire rémunérer par les propriétaires de Casa. Je paie la somme due pour le taxi, il me réclame un complément pour lui , je refuse lui objectant notre négociation et le prix convenu. Il n'en restera pas là et harcèlera Carmen au téléphone mais il tombe sur une femme de caractère qui sait fort bien que le pseudo guide n'est pour rien dans le choix que nous avons fait de sa casa(mais il aurait pu dit-il prétendre qu'elle n'existait plus où nous amener à une adresse différente..).

Nos trois derniers jours à Santiago se partageront entre farniente , visite du fort et bain: ce bain sera d'ailleurs le seul que je prendrai dans la mer des Caraïbes!

Nous ne saurions trop recommander pour les amis qui aimeraient se rendre à Santiago la casa de Carmen. Elle est parfaitement francophone, l'un de ses fils vit Paris, elle peut certes se montrer  envahissante et parle beaucoup mais la qualité de l'hébergement et l'agrément du site font oublier les excès de ce tempérament.

 

De Santiago nous rejoindrons en avion la Havane où nous passerons une dernière nuit cubaine chez la cousine de Carmen.

 

Deux lectures de la révolution cubaine

 Je me souviens d'un voyage il y a une quinzaine d'années. J'étais allé rendre visite à un prêtre brestois qui venait de prendre en charge quelques mois auparavant une paroisse au sud de La Havane :en peu de temps il avait acquis une vision extrêmement négative du régime Cubain. Rien ne trouvait grâce à ses yeux et pourtant me disait-il à Brest il avait la réputation d'être un prêtre progressite. Une semaine après, à mon retour en France,je participe à Paris à l'assemblée générale de France Cuba et j'entends à la tribune des propos diamétralement opposées à ceux  tenu par l'ecclésiastique Finistérien. N'ayant pas le temps de me rendre à la réception organisée à l'ambassade de Cuba je prends le métro et me retrouve à côté de l'orateur qui  s'était également éclipsé. Je lui fais part de mon étonnement devant des analyses aussi divergentes. Il me répond que lui aussi est  prêtre, qu'il vient de travailler trois ans à Cuba, et maintient la vision positive qu'il vient d'exposer mais ajoute comprendre que la réalité cubaine puisse donner lieu à une double lecture. 

Je reviens avec un sentiment mitigé: Cuba semble à la fois figée et en pleine évolution. L'ouverture de Raul est réelle et perçue comme telle dans l'ensemble des pays d'Amérique latine. Pendant que nous y étions se tenait à La Havane l'assemblée générale de la CELAC qui regroupe l'ensemble des dirigeants d'Amérique à l'exception de ceux des États-Unis et du Canada. La plupart d'entre eux ont affiché leur solidarité avec les frères Castro, rendant hommage à l'apport efficace de Cuba dans leur système de santé: l'île "exporte" un grand nombre de médecins sur le continent et dans les îles des Caraïbes.L'embargo fut une nouvelle fois condamné.Le Mexique et surtout le Brésil investissent beaucoup et misent sur le développement futur de l'île.Tous semblent persuadés que les échanges et le commerce favoriseront inéluctablement l'ouverture de Cuba et l'évolution de son système politique.C'est aussi ma conviction.