Bonjour,

Nous sommes actuellement sur le port de Valparaiso d'où nous partirons le 20 pour Buenos Aires. Nous avons finalement choisi la croisière pour découvrir les fjords du Sud et remonter la côte argentine.

Valparaiso est en deuil : un grave incendie vient de détruire 150 maisons.

 

Le Chili

Nous avons été magnifiquement accueillis par l'ami Belisario. Nous ne nous étions pas revus depuis plus de 30 ans, l'époque où il  faisait sa thèse de géomorphologie du littoral sous la direction d'André Guilcher à Brest.

Mais il était resté très proche de mon frère  géographe, Joël. Nous avons passé deux soirées a évoqué l'actualité chilienne et de vieux souvenirs dans le jardin, sous la treille appréciant son jus de raisin  fermenté,généreux , agrémenté de quelques bulles. Et les temps passés remontaient vite à la surface d'autant que Belisario avait conservé les photos de ces années brestoises et en particulier celles de son passage à Garen Dero , la maison de mon arrière-grand-mère (J'espère que d'autres parmi vous ont conservé de ce lieu un agréable souvenir).

 

Une anecdote : Joël chante l'Internationale à l'institut de géographie

 Viscéralement anticommuniste Belisario avait accueilli sans déplaisir le coup d'état de Pinochet  tant il  redoutait l'instauration d'une dictature communiste et rejetait Allende (nous avons eu quelques  Échanges sur Cuba…) .

Professeur à la faculté catholique il était régulièrement l'invité des militaires à l'institut de géographie (qui est au Chili une émanation de l'armée). Ils lui demandèrent un jour d'organiser un colloque consacré à la pêche littorale et de choisir un intervenant.Il recommanda le meilleur dans cette spécialité, le docteur Le Bail. L'exposé fut apprécié et tout se passa fort bien jusqu'au dîner. Là, Belisario assis à côté du général directeur de l'institut entendit s'élever une voix de stentor qui entonnait un chant banni par les militaires : Joël chantait l'international. Notre ami chlien passa sous la table mais ne put éviter les questions du général sur l'étrange comportement de son invité français… Il ne fut plus jamais convié par l'armée mais il resta l'ami de Joël.

 Les Chicago Boys

Aujourd'hui  Belisario ne renie pas ses options idéologiques d'antan tout en condamnant les crimes des dictatures quelque soit leur nature ;il subit les conséquences du « modèle chilien » et doit retarder au maximum son départ à la retraite (nous avons le même âge), son fonds de pension ne lui versera que 30 % de son salaire actuel. Insuffisant pour vivre dans ce pays où la vie est très chère. Pinochet a ouvert la porte du Chili à l'école ultralibérale de Milton Friedman et à ses Chicago Boys. Certes le développement du pays fut assez rapide mais les inégalités sociales se sont aussi considérablement accrues. La pauvreté est le lot d'une partie importante de la population et il semblerait que Michelle Bachelet n'est corrigée qu'à la marge les injustices du système en particulier dans le domaine de la santé et de la retraite, ce que nous confirmera également notre autre ami Joachim, militant lui de la gauche chilienne.

Nous fîmes l' expérience de ces coûts élevés : voulons comme traditionnellement réserver une voiture chez hertz, nous nous sommes vus proposer un véhicule bas de gamme pour quatre fois le prix que nous payions aux États-Unis où nous disposions d'un modèle récent ,confortable et spacieux qui nous a permis de traverser les USA dans de bonnes conditions. Après quelques  péripéties nous nous sommes repliés chez Alamo où nous avons loué un véhicule archaïque et sans climatisation pour un prix encore deux fois supérieur à celui des states.

 

Les anars de droite

j'ai qualifié Belisario d' anar de droite, un pléonasme, et me suis souvenu que j'avais employé le même terme pour Briec Bounoure (je ne sais si le rapprochement est pertinent l'un est généreux,l'autre a d'abord le sens des affaires). Vous vous rappelez de ce jeune prof de philo lors de nos premières années de faculté? J'étais allé interrompre son cours en 68 et n'imaginais pas de le  retrouver à de multiples reprises ensuite au cours de ma carrière. Briec aspirait à devenir maître de conférences, il lui fut préféré un de ses collègues, dont je ne veux pas citer le nom. Je ne doute pas que les influences politiques jouèrent un certain rôle dans ce choix. L' un était réputé de droite, l'autre avait fait le bon choix du SNES SUP, quelle erreur, la suite le prouva, mais comment pouvions-nous imaginer ce qu'était réellement le "gentil" enseignant choisit?Briec, fort déçu, tout en conservant des cours dans de multiples institutions s'orienta vers d'autres activités bien plus rémunératrices il est vrai (l'amour des dames à un prix c'est un point commun avec Belisario,) c'est ainsi qu'il montât un cabinet conseil en recrutement puis devint le directeur général du groupe Doux. L'échec universitaire fut peut-être une chance.

 

La première fois que je retrouvais Briec Bounoure ce fut pour un recrutement, la seconde fois il présidait mon jury d'examen j'avoue avoir un moment craint qui n'ait gardé un fort mauvais souvenir de notre première rencontre, il n'en fut rien et je n'ai eu qu'à me féliciter de sa présence en ces deux occasions. Nous avions pris l'habitude de déjeuner ensemble dans je ne sais quel cercle une fois l'an, nous n'étions pas vraiment amis et ses sarcasmes à l'encontre du banquier que j'étais devenu m'agaçais parfois mais nous ne nous détestions pas.

 Connaissant cette relation mon ami Pascal vient un jour me dire"Jean-Paul, nous allons de conflit en conflit chez Doux. Une telle situation est néfaste pour les salariés et pour le groupe, il nous faut tenter de trouver un mode de relation plus constructif"et c'est ainsi que j'organisais un déjeuner au restaurant de réception du crédit mutuel de Bretagne. Je l'avais voulu discret(il ne l'est plus) et n'avais donc pas  respecté la règle qui voulait que nous donnions le nom de nos invités et leurs fonctions. Notre directeur général qui y déjeunait le même jour ne manqua pas de venir saluer Briec qu'il connaissait bien et Pascal dont il n'ignorait pas la fonction. Je dus naturellement fournir quelques explications sur ce déjeuner entre le directeur général de Doux et le secrétaire général de la CFDT. Mais à l'époque notre banque acceptait(tolérait ?) que l'un de ses cadres se comporte ainsi. Je l'ai aimé cette banque!

  Le deal conclu entre Briec et Pascal  ce jour-là dura quelques années… 

Aujourd'hui Briec vole de ses propres ailes et a repris une conserverie qui marche fort bien dans le Sud Finistère, le groupe Doux lui est en perdition. Mais que vient donc faire Briec Bounoure dans ce blog?

 Joachim l'exilé

Nous nous dirigeons vers le nord, espérant, pourquoi pas, atteindre le désert de l'Atacama à 2000 km de Santiago. Mais je peinais à rouler vite dans le petit engin qui m'avait été confié et le premier soir nous nous sommes donc arrêtés chez Joachim à Los Villos, petite station balnéaire à seulement 200 km de la capitale.

Joachim a une tout autre histoire que Belisario: étudiant en anglais lors du coup d'état il fut arrêté et torturé  avant d'être condamné, banni de son pays et expulsé vers la France où il a vécu 31ans; à la mort de son père il y a quelques mois il est venu reprendre le petit hôtel de charme de la famille, mais ces enfants étant restés en France il n'a pas rompu avec Paris et effectue quelques allers-retours.

 Vicuna

Nous voulions nous rendre à Vicuna et Joachim nous précisa bien d'éviter la route impraticable qui nous semblait pittoresque par l'intérieur. Bien sûr voulant voir quelques villages et persuadés que nous retrouverions la grande route aisément nous nous retrouvâmes après une trentaine de kilomètres sur une belle petite route bitumée serpentant entre les monts couverts de vignes avant de déboucher sur une piste mais comme il était indiqué " travaux sur 9 km" nous pensions pouvoir prendre le risque. En fait nous n'avons jamais retrouvé de route. À mi-parcours à Huartado l'hacienda – hôtel n'avait plus d'aucune chambre, il était déjà 19h30 et il nous restait encore 50 km à parcourir sur cette piste où dépasser les 20 kilomètres heures relevait de l'exploit.

Nous avons donc continué slalomant entre les gros cailloux, les trous, montant les cols puis les descendant, longeant les précipices dans le jour déclinant. À chaque col passé nous espérions  voir les lumières de Vicuna nous demandant quand le véhicule allait rendre l'âme. Comment se faisait-il que cette ville soit aussi loin? Enfin à la une nuit tombée nous arrivâmes. Que croyez-vous qu'il advint? La vaillante petite voiture avait des ressources insoupçonnées mais les humains demandèrent grâce et ne lui en furent pas reconnaissants, ils décidèrent d'arrêter la leur périple vers le nord et de la rendre avant le terme prévu.

Nous restâmes deux jours à Vicuna dans une  sympathique maison d'hôte et prîmes le temps  d'aller un soir à l'observatoire d'Éric . Les observatoires ont fleuri dans la montagne qui domine la ville: l'absence de pollution, la grande clarté du ciel en font un lieu privilégié pour l'observation des étoiles.

 Je n'avais jamais vu un tel spectacle, la Voie lactée et toutes  ces étoiles qui apparaissaient progressivement et que nous pouvions observer au travers du télescope puissant accompagné par le commentaire savant d'Éric(en français bien sûr), je découvris la Croix du Sud, les nuages de Magellan, la supernova en pleine décomposition et combien d'autres dont j'ignorais  l'existence. Les quelques autres spectateurs étaient des connaisseurs qui avaient choisi leur soir en fonction de la lune. Il faudra que j'incite Joan à faire le voyage, sa lunette à Landerneau dans le ciel brouillé de notre Bretagne ne lui permet certainement pas d'éprouver les mêmes sensations(Joan: un excellent banquier la tête dans les étoiles ça existe)

À défaut de dîner au club radical, le lieu traditionnel de rassemblement des maçons républicains et des pompiers(les trois vont de pair bien sûr) réputé la meilleure table des petites villes chiliennes nous avons découvert le club social, sa table et ses vins de fort bonne qualité. Je ne sais ce qui lui a valu la dénomination de social, sauf peut-être la sociabilité engendrée naturellement par les crus que l'on y déguste.

 Nous avons repris la route de Santiago en nous accordant deux jours de repos supplémentaires chez Joachim. Après avoir rendu la voiture et déjeuner une dernière fois avec Belisario nous avons sagement  pris un car pour Valparaiso.

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                        L' incendie à Valparaiso                                                          Que sont nos cheveux devenus?                                                  

                        

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 Partout de la vigne dans les vallées

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 Il est interdit aux pélicans de se baigner en état d'ébriété......

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 Notre route de montagne                                                                                                        Les baigneurs, le soir, dans le port de Valparaiso