Bonjour à tous,

La tempête de neige sur le lac Baïkal  me laisse aujourd' hui le loisir de communiquer avec vous .

Ce nouveau périple ne durera qu'un mois. Nous avons dû l' abréger. Il nous mènera de Moscou à Pékin en passant par Oulan-Bator. Après Pékin nous passerons une semaine au Japon avant de rejoindre la Bretagne.

 Désolé je n'arrive pas à joindre les photos,vous les verrez dans un prochain envoi si la liaison est meilleure.

Moscou

 

Malgré une arrivée compliquée (1)  j' ai pris plaisir à redécouvrir à pied les rues du centre de la ville , Élisabeth l' a trouvée également fort agréable alors qu' elle se méfie du tropisme  que j' éprouverai en faveur des pays où le drapeau rouge, la faucille et le marteau servaient d' emblème. Le séjour moscovite ne durant que deux jours pleins nous ne prendrons pas le temps cette fois de visiter le remarquable musée  Tretiakov et nous contenterons d' une promenade dans les rues piétonnes qui le jouxtent. Par contre nous ne pouvions manquer le monastère de Novodievitchi et le cimetière voisin, notre Père Lachaise, où vous pouvez côtoyer violonistes, écrivains, artistes, généraux et gloires de Russie tous honorés dans de belles tombes agrémentées de sculptures qui se révèlent être souvent des œuvres d' art originales : la tombe de Khrouchtchev est fort bien mise en valeur par une sculpture d' art moderne, clin d' œil d' un artiste à celui qui n' appréciait pas cet art ! (Curieusement j' avais en mémoire un soulier stylisé). Le magnifique buste de Maïakovski, que nous avions eu tant de peine à trouver lors de notre première visite est  cette fois-ci entretenu et fleuri .Je dédie bien sûr la photo de la sculpture de Raïssa Gorbatchev à Sylvio. Je me souviens de son émotion lorsque nous l' avons découverte . Raïssa a toujours 20 ans dans les yeux de Gorby, le discrédit qui entoure aujourd' hui celui qui fut un  leader lucide et visionnaire(2) n' empêche pas nombre de fidèles de venir se recueillir sur sa tombe et d' y déposer des gerbes.

 

Le transsibérien

 

Craignant de nous perdre dans la grande gare d' où part le transsibérien nous avions prit largement le temps de reconnaître les lieux. Le train  respecte les horaires à la minute précise, c' est un constat  que nous ferons  tout le long du voyage.

 Le wagon des premières classes est extrêmement confortable, par contre de contact point,nous sommes les seuls touristes entourés de voyageurs russes et il y a peu d'échanges entre les compartiments.

J'en profite pour lire l'excellent livre – reportage de Dominique Fernandez, pétri de culture russe  il m'apprend bien plus que tous les guides que j'ai pu consulter sur la littérature, les romanciers, les sculpteurs ou les musiciens de cet immense pays.  Il sera également un accompagnateur précieux dans les villes où nous nous arrêterons. Je dois toutefois préciser que mon appréciation laudatrice n'est pas partagée, d'aucune le trouve suffisant et pédant! Elle préfère et de très loin la lecture de Sylvain tesson,"  Dans les neiges de Sibérie " (NB),merci  Martine de me l'avoir recommandé, j'y reviendrai.

La monotonie du paysage qui enchante D.F., les forêts de boulot sur les plaines à longueur de vue  me lassent au bout de quelques heures. Le paysage ne variera vraiment qu'après Novossibirsk et sans la lecture l'ennui guetterait.

Une amie qui nous avait précédé dans cette aventure nous avait conseillé de nous munir de boîte de pâté Hénaff , le meilleur pâté du monde, les Bretons le savent bien. Nous avons toutefois très vite opté pour le wagon-restaurant qui se révèle de bien meilleure qualité que ce qu'en a connu Dominique, il est vrai qu'il participait lui à un voyage organisé où il n'avait pas la liberté du choix de ses mets. Ce wagon est peu fréquenté et  peu propice à la convivialité, nous sommes souvent les seuls clients.

 

Ekaterinbourg .

 

Dans cette ville réputée pour son architecture constructiviste l'accueil est cette fois  très agréable : notre hôtesse parle un français parfait, ancienne prof de français elle travaille aujourd'hui pour le groupe Auchan qui s'installe dans les principales villes de Sibérie. Nous regrettons simplement qu'elle nous cède sa chambre et doive partager dans le salon le canapé avec son fils. 

Je ne savais que penser initialement de cette architecture que je méconnaissais. Nous l'avons apprécié au travers d'un long tour de ville où nous avons découvert les immeubles du style en vogue dans les années 30. L'énorme statue de Lénine qui orne la place principale de la ville témoigne du culte toujours rendu au père de la révolution, ce sera une constante durant le voyage : Lénine  est toujours bien présent dans la mémoire  des Russes.

 Départ en soirée pour une nouvelle étape

 

Novossibirsk . 

 

  Nous étions cette fois hébergés par un jeune couple anglophone qui nous prêtait sa chambre,  il vivait dans le salon. Nous avons toujours été gêné de constater que nos  hôtes russes qui vivent dans des espaces restreints offraient la meilleure de leur chambre aux touristes et se contentaient ces soirs-là d'une solution peu confortable pour eux-mêmes. La prochaine fois nous n'hésiterons pas : ce sera l'hôtel.

 le seul intérêt de cette ville, réputée être la ville de la musique,  est l'immense opéra ballet qui accueille les meilleurs orchestres et troupes  du pays.  notre hôte fut pourtant fort surpris lorsque nous avons manifesté le désir d'y passer la soirée  puisque notre départ était prévu à une heure tardive. Mais ce soir  là, renseignement pris au guichet, seul Garou était programmé  nous avons renoncé à ce spectacle typiquement slave.

 Nous avons par contre découvert d'agréables  restaurants ouzbek qui nous permirent d'éviter partiellement la pluie qui ne cessa guère toute la journée.

  Le 

soir à la gare, mauvaise surprise: le contrôleur n'avait jamais vu de billets internationaux comme les nôtres et peinait à nous laisser entrer dans le wagon. Le chef appelé manifesta aussi sa mauvaise humeur et son incompréhension.

 Après moult discussions et  tergiversations  nous pûmes enfin prendre possession de notre compartiment. Nous n'avions pu joindre  notre correspondant à Moscou et nous étions rabattus sur le numéro du correspondant local qui nous avait été communiqué : la personne s'étonna de notre appel, elle n'était en rien la correspondante de l'agence, seulement famille d'accueil nous a-t-elle précisé, mais comme sa fille parlait le français elle nous a servi d'interprète  au téléphone avec le contrôleur. Très simple et un peu anxiogène.

 Nous avions deux nuits à passer dans ce wagon dit de luxe qui fut en réalité le moins confortable  et de loin de ce que nous avons connu.  il nous fut bien précisé que nous n'aurions le droit à aucune des prestations habituellement vendues avec les tickets de ce wagon, c'est-à-dire des plateaux-repas insipides. Le wagon-restaurant qui jouxtait le nôtre nous offrait une  compensation de qualité! mais je dois avouer que la dame du samovar fut avec vous d'une extrême gentillesse, compensant l'accueil désagréable de son responsable. 

 

 L'arrivée à Irkoutsk

 Nous étions attendus sur le quai par une jeune russe sympathique qui s'occupa des différentes  formalités indispensables en Russie( entre autres l'enregistrement obligatoire dans une ville avant le passage de la frontière) Et nous accompagna à la gare routière  où nous prenions un car pour Listvianka ,le port du lac Baïkal, petit village charmant que nous avons découvert sous le soleil.Le  premier jour nous avons pu déguster des grillades sur la grève! mais l'hiver arrivait ,

 le lendemain une belle couche de neige recouvrait le village.

 Retour tout à l'heure à Irkoutsk  par la route enneigée.

 

Irkoutsk

 

  La ville où furent exilés les décabristes est sans conteste la plus jolie que nous ayons parcourue depuis Moscou: ces nobles exilés dans la lointaine Sibérie après l'échec de leur complot   firent de ce village la capitale culturelle de l'Est sibérien.

Théâtres et belles maisons ornent les rues: nombre d'entre elles, en bois peint, ont été rénové et conservent tout leur charme d'antan.  le froid intense(3) n'empêche pas de longues promenades dans ses rues agrémentées de quelques haltes dans des cafés confortables où nous disposons de la Wifi. Les marchés sont nombreux et il est souvent tenu par des Chinois ou des Mongols frigorifiés, nous sommes proches de la frontière.

 Nous  avons eu l'agréable surprise de nous voir proposé hier soir au restaurant un « champagne » baptisé « la fête à Paris », honnête pétillant  du Maine-et-Loire  à un prix tout à fait raisonnable, nous qui évitions depuis le départ les vins médiocres proposés à des tarifs dissuasifs dans les restaurants avons cédé à la tentation.

 Nous bénéficions d'un hébergement de grande qualité au centre-ville mais encore une fois la propriétaire doit se contenter du divan du salon.

 La neige tombée cette nuit va rendre plus difficile notre exploration du reste de la ville  et des rives du fleuve qui la traverse.

 Aujourd'hui sera notre dernière journée  en Russie,  nous embarquons à quatre heures demain matin pour Oulan-Bator.

 

 

-1 le taxi prévu ne nous attendait pas à l'aéroport, négocier un transport à un prix raisonnable à cette heure tardive se révéla compliquer de même que de faire comprendre l'adresse où nous nous rendions dans le centre de Moscou : notre logeuse se montrant lors du contact téléphonique fort peu coopérative et son accueil fut ensuite à la hauteur de ce que nous craignions, pas un sourire, pas un mot d'anglais, pas une aide, une chambre médiocre et très encombrée. Très éloigné de l'accueil vanté par l'association organisatrice de notre voyage qui nous avait déconseillé l'hôtel au profit de ce mode d'hébergement censé nous faire mieux connaître la vie quotidienne des Russes.

-2 j'ai toujours mémoire l'article que lui avait consacré dans Le Monde Bernard Guetta, en 1981 me semble-t-il, il rompait avec la ligne sovietophobe du journal, cela lui avait valu l'incompréhension et la rupture avec son chef de service et meilleur ami, ils ne se sont jamais réconciliés , mais il n'avait pas été censuré, marginalisé seulement.

-3 Pour un Breton,je devine le sourire de mes amies Canadiennes.

 

NB.Sylvain tesson, jeune écrivain français, s'est isolé pendant six mois dans une commande, à proximité du cap des cèdres, à une soixantaine de kilomètres  au nord de Listvianka. Fou de solitude  , la contemplation  du lac gelé, des montagnes et des cèdres enneigés ,  suffise à le rendre heureux. Il se nourrit d'ombles, de pâtes au Tabasco et de vodka( énormément),  quelques Partagas ne nuisent à pas son plaisir. il  s'épuise dans de folles équipées, à l'arrivée du printemps il communie avec l'éveil d'une nature  explosant d'une vie nouvelle, la faune et la flore revivent,  les oiseaux, les canards, les  ours,  les insectes peuplent les rives du lac.  Grand lecteur  il  nourrit son récit de commentaires et d'anecdotes, et conçoit une philosophie du solitaire. Le téléphone satellite lui annonce le départ de sa femme qui n'a pas souhaité partager l'aventure, désespéré quelques jours ,s'en étonne-t-il vraiment?

Un livre sincère et attachant.