Bonjour,
Avant de vous confier mes impressions sur la vie tahitienne il faut absolument que je vous invite à lire les chroniques australiennes intitulées « Nos voisins du dessous » de Bill Bryson. Sans doute avons-nous découvert un peu tard  cet écrivain américain, plein de tendresse et de nostalgie,il décrit avec beaucoup d'humour cette terre qu'il prend plaisir à parcourir dans tous les sens. Vous serez peut-être surpris par l'ampleur des dangers qu'il énumère, le nombre de serpents,d'insectes, de coquillages et de poissons extrêmement dangereux que l'on peut côtoyer(je n'avais pas perçu à ce point l'héroïsme qu'il fallait pour parcourir le bush,longer les plages et estuaires,  pénétrer dans les bois et je mesure à présent notre inconscience). Vous ne vous ennuierez jamais en compagnie de Bill!
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   Les langoustes de Cécile

Ringuiroa
Le séjour s'achève et je vous ai peu parlé de Ringuiroa et de Mororea. Dans la première des îles qui en réalité est un atoll nous avons séjourné chez Cécile : elle connaissait fort bien Brest et ses environs pour avoir séjourné pendant quatre ans à Guipavas et au Relecq Kerhuon où vivent son fils et ses petits-enfants. En fait elle a subi une transplantation rénale à la cavale Blanche et il s'en est suivi une longue période de soins qui lui ont permis de découvrir notre région.
Le lagon constitue la principale attraction de l' Atoll, je laisserai Élisabeth et un autre groupe de pensionnaires le soin de le découvrir en bateau préférant exercer mes talents de sportif et parcourir la bande de terre en vélo. Les bungalows sont agréables et j'ai déniché un restaurant  au bord de l'eau qui outre sa cuisine correcte offre des sièges de plage indispensables à mon confort avant et après la baignade.
La ferme perlière reste l'autre grande attraction de Ringuiroa: le processus de formation,de cueillette et de sélection des perles est parfaitement décrit dans ses ateliers et je comprends mieux les prix élevés qui sont demandés mais je ne me laisserai pas séduire.
 Le vin produit sur l'île relève plus du snobisme que de l'oenologie et la réputation du propriétaire ne m'incite guère à le faire bénéficier de ma clientèle. Un break de quatre jours permet de parcourir toutes les routes praticables sans se lasser. C'est la bonne durée.

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    Le travail de l'artisan perlier
Moorea
 Une île charmante, bien plus agréable que celle de Papeete et  n'était la forte attirance  des moustiques pour ma chair délicate(alors que d'habitude ils m'épargnent)  je n'aurai que des propos positifs sur Moorea d'autant que j'y ai fait la connaissance d'Eric Scuiller, de Penmarc'h, la grande toque qui fit les beaux jours du « Paris » à Las Vegas et délecte aujourd'hui de ses talents le palais des clients du Hilton. Il affiche la couleur : cette fois c'est lui qui arbore le Triskell et le dos de son T-shirt que vous apprécierez en photo ne laisse aucun doute sur ses origines. Toutefois je vous rassure nous n'avons fait que dîner au Hiilton les modestes moyens d'un retraité français ne lui permettent pas de s'offrir la chambre de base à 400 €.Eric pour les dernières années de sa carrière bénéficie d'un cadre de vie exceptionnelle.
 Nous étions dans la pension de famille qui jouxtait l'hôtel. Le cadre était aussi assez plaisant mais le confort laissait pour le moins à désirer. La sympathique matrone qui possédait le lieu nous fit remarquer qu'elle en avait hérité il y a deux ans de son père qui les avait construit il y a 35 ans. L'ancienneté de ces bungalows semblait être pour elle un gage d'authenticité qu'une rénovation aurait certainement dénaturée, nous n'avons pas voulu la contredire mais nous garderons bien de conseiller à nos amis d'y faire une halte. Par contre l'immédiate proximité de la plage constitue un atout indéniable.

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Eric de dos.                     Le chouan et les danseuses

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Moorea est riche en petit restaurant de bord de mer, bien plus sympathiques en général que ceux de Papeete, je pourrais toutefois vous donner quelques délicieuses adresses que nous ont fait découvrir des amis, ce fut le grand agrément de ce long séjour: nous avons rencontré,grâce à Gilles, des personnes de commerce fort agréable, bien plus que les îles ce sera notre meilleur souvenir.
Jean-Pierre  qui m'a confié toute son amertume après bien des années d'enseignement de voir combien peu d'espoir existait pour la génération d'élèves qu'il a formé.
Theo, à 88 ans une agilité physique et intellectuelle éblouissante, il en remontre aux sexagénaires, la vie religieuse conserve bien. Jean Yves, le responsable du service informatique des écoles, sa passion de la voile l'a amené à jeter l'ancre à Papeete il y a bien longtemps et il n'a visiblement pas  envie de revenir en métropole avec Patricia vivre  sa prochaine retraite.
 Comme à l'accoutumée lorsque je croise à l'étranger d'anciens salariés français j'aurai quelques dossiers de retraite à  faire liquider lors de mon retour, l'apparente simplicité des procédures régulièrement mise en avant par les services cache pour les parcours  professionnels atypiques une redoutable complexité.



J'ai aussi admiré l'ingéniosité des femmes tahitiennes qui veulent se séparer de leurs compagnons: elles trouvent des motifs parfaitement légitimes que jamais je n'aurais imaginés,qui préservent la morale et que l'église ne peut récuser . Mesdames si vous êtes las de votre conjoint après trop d'années de vie commune,vous m'appelez je saurai maintenant vous conseiller(Messieurs dans l'autre sens cela marcherait certainement beaucoup moins bien, nous avons trop de sincérité)
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 Une rencontre très riche en informations sur la vie des îles.
Yves Laugrost, trésorier de la confédération A TIA I MUA et administrateur de la caisse de prévoyance sociale et sa coéquipière(syndicaliste et fidèle de Gaston ce qui au départ m'a surpris) m'ont consacré toute une matinée et invité à déjeuner . Une initiative fort sympathique qui a le grand mérite de me donner une vision réaliste et nuancée de la vie locale, de l'histoire sociale et économique de l'île et de ses perspectives. Si je ne les avais pas rencontré cette dernière lettre  aurait été un réquisitoire assez lapidaire sur l'état de Tahiti, l'incurie de ses politiques(même s'ils sont loin d'être tendres avec eux, en particulier avec Oscar, pour ce dernier les avis sont unanimes)  son économie artificielle et assistée .

  La CPS
je serai très bref  mais la presse en parle très régulièrement et de manière simpliste en ne reprenant que les éléments défavorables, en pointant ses frais de gestion qui en réalité ne sont guère plus élevés que ceux des caisses françaises.
Pour l'instant l'âge de départ  à la retraite est toujours fixé à 50 ans : une loi le fixant à 52 ans est bien passée mais a été attaquée devant le conseil d'État et le projet de le porter à 55 ans est encore dans les limbes.Yves et ses amis plaident pour porter cet âge à 60 ans après 38,5 années de cotisations et modifier la règle de calcul (sur les cinq  meilleures années des dix dernières années d'activité) afin d'assurer  la pérennité de la retraite par répartition sur l'île.
Le conflit avec les libéraux et la suppression du tiers payant se situaient dans la perspective de l'instauration de la capitation pour limiter l'évolution des tarifs et les paiements à l'acte. Ce que nous  essayions vainement de faire aussi en France. La caisse a le projet d'instaurer des centres de prévention en reprenant une ou plusieurs cliniques privées pour faire pièce au secteur libéral et permettre à  la population où la pauvreté se répand d'accéder aux soins. Les réserves de la retraite pourraient partiellement s'y investir ce qui serait bien plus judicieux que de prêter à fonds perdus au gouvernement, ce qu'elle vient de refuser de faire une nouvelle fois.
Les salaires forts élevés versés aux salariés de la caisse sont le fruit de l'histoire et de l'époque où la gestion était tripartite, salariés, patrons et État français : les salaires ont été alignés sur ceux des fonctionnaires expatriés. La confédération a été la première à plaider depuis une quinzaine d'années pour réduire l'écart avec les salariés locaux en limitant les nouvelles augmentations.

La vie chère

Elle est l'héritage malheureux laissé par le centre d'expérimentation du Pacifique : il fallait bien acheter la paix sociale pour que se fassent les essais nucléaires. Les prix n'étaient pas discutés, les entrepreneurs et commerçants locaux ont usé et abusé des facilités offertes par les commandes du centre et aujourd'hui les prix sont au minimum de 40 % supérieurs au prix français. Quand je m'étonne des tarifs des hôteliers et des restaurateurs mes interlocuteurs sont un peu étonnés et me disent : c'est comme à Paris(ce n'est pas tout à fait exact et la qualité n'est pas la même) . Pour le même prix vous aurez en Bretagne une qualité bien supérieure et un peu de crachin en prime. Le rapport qualité-prix comparé à la Grèce est de un à deux et avec l'Asie à trois. Mes propos surprennent quelque peu mes amis puisque l'avenir de Tahiti se trouve essentiellement dans les services et le tourisme (la couverture des importations par les exportations n'est que de 7 % et les productions locales sont peu encouragées parce que bien trop onéreuses ou de valeur ajoutée insuffisante). Les tahitiens sont persuadés que la beauté de leurs paysages, la mer et ses eaux chaudes, les poissons multicolores et le surf constituent un atout incontestable, je relativise mais en réalité ce n'est pas le touriste français qui est espéré : les Américains constituent et de très loin l'essentiel de la clientèle et s'offre volontiers  le Hilton de Moorea dont le taux de remplissage est de 87 % actuellement,  je l'ai vérifié.
Je lis à l'instant dans le mensuel « Tahiti Pacifique » la lettre d'un touriste français et qui a exactement la même appréciation que moi. Les tarifs sont adaptés aux expatriés qui bénéficient au minimum d'un sursalaire de 1,84 , ne paient pas l'impôt sur le revenu et bénéficient souvent d'un tarif résident plus avantageux.

 Nous  embarquons ce soir, j'ai demandé à Morvan de mettre le champagne au frais non pour fêter notre retour mais les résultats du premier tour que j'espère bon, quant au second nous irons le lendemain chez Hervé avec notre équipe d'amis  nous réjouir des résultats ou  noyer notre chagrin s'ils ne sont pas conformes à nos espérances!
Il me restera bien sûr à vous parler du loch Ossian.
Au revoir

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                                                           coucher de soleil sur Papeete